Salina, les 3 exils : Roman de Laurent GAUDÉ

Actes Sud

Salina était une pièce de théâtre. Son auteur, Laurent Gaudé, plus de douze après, décide de la transformer en un roman, Salina, un conte épique sous-titré les trois exils. Malaka, un des fils de Salina, accompagne sa mère pour son dernier voyage et est chargé de faire le récit de sa vie, la vie de cette “femme salée“, la femme aux 3 exils et aux 3 fils. Mais comment raconter la vie d’une mère ? Par la bouche de Malaka, Laurent Gaudé sait nous raconter une histoire, une tragédie, sait nous emporter dans un tourbillon de sentiments puissants : désespoir, violence, haine, vengeance. Comment sortir du cycle de la vengeance ? Écoutons ensemble Malaka…

Raconter la vie de sa mère Salina : les 3 exils

Salina est morte. Malaka, son troisième fils, l’accompagne jusqu’à sa dernière demeure : l’île cimetière. La dépouille de Salina a été déposée dans une barque. Darzagar, un vieillard, qui dirige la traversée, explique à Malaka qu’il devra faire le récit de la vie de sa mère pendant la traversée.

Le cimetière sacré entend le récit. Et au terme du voyage décide si la porte doit s’ouvrir ou pas.

Vous êtes-vous déjà demandé comment raconter la vie d’une mère, la vie d’une personne aimée ? Ramener à soi des souvenirs, constater amèrement qu’il y a des trous, repenser aux récits qu’elle faisait elle-même de son enfance “dans les campements du désert”.

Le récit commence.

Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils.

Salina est amenée par un cavalier mystérieux, déposée et abandonnée sur le sol devant le clan Djimba rassemblé. Personne ne bouge et les heures passent. “Seuls les cris du nourrisson ne faiblissent pas”.

Est-ce qu’elles sentent, les femmes du clan Djimba, à cet instant, tout ce que contient ce cri ? Le sang qu’il porte en lui ? Les convulsions, les corps meurtris, les bannissements et la rage ? Est-ce qu’elles sentent que quelque chose commence (…), quelque chose qui ne va pas cesser de grandir jusqu’à tout remuer ?

Un soleil de plomb. Les hyènes qui approchent. Tous attendent…jusqu’à ce que Mamanbala, une femme du village, sorte du rang, prenne l’enfant dans ses bras et “prononce alors ces mots que tous entendent” :

par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t’appelle Salina.

Salina grandit au sein du clan Djimba, devient une femme et découvre le poids, la brutalité des traditions. Elle tente de s’opposer. Contrainte au mariage avec Saro, le fils aîné de la tribu, et forcée à la maternité, elle déteste tout autant son mari que son fils. La mort de Saro à la guerre la remplit d’espoir. En vain. Bannie par le clan Djimba, Salina,

la femme salée par les pleurs, condamnée à naître et à mourir en marchant dans des terres inconnues

n’a plus qu’une seule raison de vivre : la vengeance.

Sortir du cycle de la vengeance : les 3 fils

Le premier fils, Mumuyé, est le fruit du viol et il ne connait que les cris,

c’est le fils de la haine.

Le deuxième fils, Koura Kumba, enfant de la colère, sera le bras armé de sa vengeance.

J’avais envie que les trois fils correspondent à trois âges différents de la vie de Salina, à trois moments de son existence où elle est habitée par des sentiments différents,

ajoute l’auteur. Le fils de la violence, le fils de la vengeance et celui de la paix.

Les cris, c’est comme si elle les avait étouffés parce qu’ils appartenaient à la vie d’avant. Elle n’avait plus le droit de crier, plus le droit d’enrager, elle avait ce fils. Malaka a toujours senti qu’il était sa réconciliation avec le monde.

Dans la tragédie grecque, pour sortir du cycle de la vengeance, nous indique Laurent Gaudé, lors de son passage à La Grande librairie, il est fait appel à un tiers, à savoir l’intervention des dieux. J’ai choisi une autre voie, nous dit-il, la voie incarnée par le personnage d’Alika.

En effet, interroge Laurent Gaudé, dans un conflit avec la vengeance comme moteur, est-ce que l’acceptation par le vainqueur de perdre, un peu moins que le vaincu, ne permettrait-elle pas l’apaisement, la sortie du cycle de la vengeance ? L’histoire a montré que la frustration des vaincus nourrit souvent les conflits ultérieurs.

Salina fait ce trajet-là, à sa grande surprise, car elle est absolument sidérée par le don qui lui est fait à la fin du livre.

Salina, les 3 exils, de Laurent Gaudé

Le roman de Laurent Gaudé, Salina, est une pure merveille ! J’ai été touchée par l’histoire de cette femme, à qui la vie a été arrachée, qui refusait de se soumettre, de subir ces violences, encore si souvent imposées à de nombreuses jeunes filles dans le monde dans le domaine de la sexualité et/ou de la maternité.

Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.

Extrait de la quatrième de couverture.

J’ai lu aussi et apprécié d’autres romans de Laurent Gaudé :

Je termine cette 6ème chronique du défi : Lire un livre par semaine pendant 42 semaines… en ajoutant que j’apprécie la langue, l’écriture de Laurent Gaudé.

Et vous qu’avez-vous lu de cet auteur ? Dites-le moi dans les commentaires, juste en dessous.

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