Les femmes qui lisent sont dangereuses de L. Adler et S. Bollmann

Laure Adler et Stefan Bollmann retracent, dans Les femmes qui lisent sont dangereuses, l’histoire de la lecture féminine. Du Moyen Âge au XXIe siècle, de la Vierge Marie à Marilyn Monroe, je vous invite à survoler cette histoire à travers de nombreuses peintures et photographies.

Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stefan Bollmann. Couverture du peintre Vittorio Matteo Corcos
Vittorio Matteo Corcos, Rêves, 1896

La Vierge lit

Peinture de Rembrandt, La sainte Famille au soir
Rembrandt, La Sainte Famille, 1638

La Vierge lit. Joseph dort. L’enfant aussi. Une bougie illumine le livre.

Livre flamme. Livre source de vie. Livre lueur dans la nuit. Livre pour percer les ténèbres. Livre pour suspendre le temps.

Les saintes lisent également. Marie-Madeleine, par exemple, lit mais il faudra attendre le XVe siècle pour voir la sainte représentée avec un livre.

Marie-Madeleine lisant, Ambrosius Benson. Les femmes qui lisent sont dangereuses
Marie-Madeleine lisant, Ambrosius Benson, 1540,

Le livre : le fruit défendu

Au lieu de lire, la femme ferait mieux de frotter le parquet de son appartement tous les matins, de s’injecter des lotions calmantes dans le vagin, de boire des infusions de fleurs de mauve

comme le prescrit le Traité de thérapeutique et de matière médicale, recueil de traitements et médicaments publié en 1836 et réédité 9 fois jusqu’en 1877…
Sans commentaires !

Le Fruit défendu, Auguste Toulmouche. Les femmes qui lisent sont dangereuses.
Le Fruit défendu, Auguste Toulmouche, 1865

Les femmes qui lisent sont dangereuses.

D’ailleurs les hommes ne vont pas s’y tromper, qui vont empêcher, encercler,encager les femmes pour qu’elles lisent le moins possible et qu’elles ne lisent que ce qu’ils leur enjoignent de lire.

Et d’abord la Bible. La Bible est le seul texte autorisé : les filles apprennent à lire dans la Bible et apprennent dans la Bible les préceptes moraux pour savoir vivre.

Puis les femmes délaissent la Bible pour l’Encyclopédie, se passionnent pour les romans et sont attirées par l’actualité, par les journaux.
Et les hommes s’alarment : la femme “lit trop” !

Jeune Fille lisant de ranz Eybl. Les femmes qui lisent sont dangereuses
Jeune Fille lisant, Franz Eybl, 1850

Les femmes, qui plus est si elles sont belles, sont des idiotes : c’est une opinion masculine encore très répandue, même en 1952, date à laquelle Eve Arnold prend ce cliché de Marylin lisant.

Photographie d'Eve Arnold, Marylin lit Ulysse
Marylin lit Ulysse, Eve ARNOLD, 1952

Marylin, installée en maillot de bain dans un jardin lit Ulysse de James Joyce. La photographie montre l’actrice très concentrée sur sa lecture. Et pourtant… certains esprits chagrins sont obsédés par cette question : A-t-elle vraiment lu ce livre ou non ? Une femme blonde, actrice de surcroît, n’est sûrement pas capable de lire ce genre de littérature !

Elles lisent toutes, elles lisent trop, elles lisent de tout.

Le livre : la conquête de la liberté

Jeune fille lisant de Gustav Adolph Henning. Les femmes qui lisent sont dangereuses
Jeune Fille lisant, Gustav Adolph Henning, 1828

Les femmes sont dans le livre. La lecture devient “intériorité, suspension du temps, repli vers l’intime”.

Mais le livre possède le pouvoir d’entraîner la femme dehors : le dehors de la cellule familiale, le dehors de l’espace intime, l’au-dehors de soi-même, le dehors qui devient l’au-delà, le méconnaissable.

Le livre : l’initiation

“La lecture, une ouverture au monde, une dignité, une dimension spirituelle.”

L'Arlésiene de Van Gogh. Les femmes qui lisent sont dangereuses
L’Arlésienne (Madame Ginoux), Van Gogh, 1888

Les yeux de la lectrice se sont détachés de la page (…) la vibration de ce qu’elle vient de lire résonne et se perpétue dans ses pensées.

Les femmes qui lisent sont dangereuses. Tableau de Jean Baptiste Siméon Chardin, Les Amusements de la vie privée
Chardin, Jean Baptiste Siméon 1699-1779. ‘Les amusements de la vie privée’, 1746. Huile sur toile, H. 0,425 ; L. 0,355. Stockholm, Musée National.

Le tableau de Chardin nous montre également une femme qui a interrompu sa lecture pour réfléchir à ce qu’elle vient de lire : ses yeux sont dans le vague.

Les femmes qui lisent sont dangereuses

Effectivement, la femme qui lit est dangereuse.
La femme qui lit, réfléchit. La femme qui lit se forme sa propre vision du monde et des choses. La femme qui lit acquiert des connaissances. La femme qui lit “s’assure du même coup un sentiment de valorisation qui ne doit rien à personne”.

Peinture de Alexander Alexandrowitsch DEINEKA, Jeune Femme au livre, 1934
A.A. Deineka, Jeune Femme au livre, 1934

Selon Johann Georg Heinzmann, libraire suisse,

la lecture avait apporté “en secret” autant de malheur parmi les hommes et les familles que “l’effroyable Révolution” dans le domaine public.

Tout est dit. Non ?

La femme : de lectrice à auteure

De liseuses, elles sont devenues lectrices. De lectrices, elles sont aujourd’hui auteures. Elles en écrivent. Elles écrivent même quand elles lisent. Les femmes qui écrivent se revendiquent souvent comme des lectrices. Si elles écrivent, c’est pour continuer la chaine du plaisir que leur a procuré le plaisir de lire. Les femmes qui lisent trouvent dans leurs textes ces sources secrètes du désir, elles en font des chambres d’amour toutes tapissées de bibliothèques qu’elles retrouvent dans leurs rêves les plus doux.

Photo de Caroline Rémy, dite "Line", la future Séverine, première grande journaliste, libertaire... et féministe
Caroline Rémy, dite “Line”, la future Séverine, première grande journaliste, libertaire… et féministe

Le désir féminin de lire et d’écrire n’est pas près de s’éteindre.

Laure Adler et Stefan Bollmann nous avertissent : Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.

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Tableau de Lovis CORINTH, Jeune Fille lisant, 1888
Jeune Fille lisant, Lovis Corinth, 1888

Lisez pour vivre

déclare Gustave Flaubert à Mademoiselle de Chantepie en 1857.

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Vous avez aimé cette chronique, retrouvez tous les textes, les peintures et les photographies du livre :

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