Le Charme discret de l’Intestin par Giulia ENDERS

le charme discret de l'intestin par Giulia ENDERS

Giulia Enders, auteure du livre Le Charme discret de l’intestin, sous-titré Tout sur un organe mal aimé…s’appuie sur ses études de médecine et sa thèse de doctorat à l’Institut de microbiologie médicale pour nous entretenir de l’objet de sa fascination : l’intestin. Avec beaucoup d’humour et une grande rigueur scientifique, elle nous montre qu’il n’est pas seulement “une usine à aliments, mais que c’est un allié utile et fiable qui participe à notre bien-être par de nombreuses façons”. Suivons le guide et… tout, tout, tout, nous saurons tout sur notre système digestif.

Tout sur un organe mal aimé : notre intestin

Comment est-ce qu’on fait pour bien chier ?

Vous allez me dire : mais comment parles-tu pour démarrer ta 7ème Chronique ? En fait je relate la question posée à l’étudiante Giulia Enders par l’un de ses colocataires :

Dis-moi, Giulia, toi qui fais médecine – comment est-ce qu’on fait pour bien chier ?

La défécation fait intervenir toute une équipe : 2 sphincters, un interne et un externe, et 2 systèmes nerveux. Ces sphincters sont d’ingénieux mécanismes de fermeture en relation chacun avec des cellules sensorielles. “Quand”, je cite l’auteur, “l’intérieur et l’extérieur sont les meilleurs amis du monde, s’installer sur le trône est un passe-temps agréable”. Le sujet est important et conduit à une nouvelle question.

Allons-nous devoir descendre de nos trônes ?

Des études et notamment celle du docteur Dov Sikirov ont permis d’observer l’efficacité de la défécation dans 3 positions différentes :

  • assis sur une cuvette classique ;
  • mi assis-mi accroupi sur une cuvette anormalement petite ;
  • accroupi comme en plein air.

Savez-vous dans quelle position les sphincters fournissent le moins d’efforts ? J’aurais aimé vous fournir la réponse avec une des illustrations de Jill Enders mais elles sont soumises à droits d’auteur. Jill Enders, la soeur et la complice de Giulia, a réalisé toutes les illustrations du livre. Je vous conseille vivement d’aller les découvrir !

La visite guidée du système digestif : êtes-vous prêts ?

La visite commence dans la bouche. Vous allez découvrir chaque niveau du tube digestif et obtenir des réponses à vos interrogations. Je vous propose une visite en mode rapide.

La bouche comprend quatre papilles reliées aux glandes salivaires. La salive tient un rôle essentiel de maintien à distance de la douleur et des bactéries. Vous saurez, par exemple, pourquoi vous avez mauvaise haleine au réveil ou pourquoi vos incisives inférieures sont souvent couvertes de tartre. Dans la bouche également, prennent place la langue et plus profondément la racine de la langue et les amygdales. Ce premier secteur habité par une armée de cellules immunitaires constitue une zone de contrôle essentielle de tout ce que nous avalons.

Viennent ensuite :

  • l’oesophage : mais pourquoi ne descend-il pas tout droit vers l’estomac ;
  • l’estomac : pourquoi cette poche est-elle bancale ;
  • l’intestin : pourquoi est-il si long ;
  • l’appendice : est-il vraiment superflu ;
  • le gros intestin : quel rôle joue-t-il en fin de parcours.

Giulia Enders nous explique absolument tout le déroulement de la digestion, la raison, entre autres, de ce petit “coup de barre” après les repas, etc.

Les particules alimentaires sont les plus petits éléments constitutifs de nourriture obtenus au terme de la digestion. Parfois des dysfonctionnements, des accidents peuvent survenir dans l’organisme au cours de la phase de digestion. Que se produit-il en cas :

  • d’apport massif de sucre ;
  • d’ingestion de mauvaises graisses ou de trop de matières grasses ;
  • de régime végétarien ou de régime végétalien ;
  • d’allergies ;
  • de sensibilité au gluten ;
  • d’intolérance au lactose ;
  • de malabsorption du fructose.

Je vous l’ai dit : vous saurez tout, tout, tout, vous saurez tout sur votre tube digestif : anatomie, physiologie, fonctionnement mais aussi dysfonctionnements et solutions pour y remédier. Ce livre est une mine d’or !

Le carnet scatologique. La visite se termine avec “l’oeuvre du rectum”. Giulia Enders, à la fin de cette première partie du livre, nous invite à “faire la connaissance d’un mystérieux petit tas de m…” : composition, couleur, consistance. Très instructif.

L’intestin : le cerveau d’en bas

Le grand voyage d’un aliment

Mais que font donc nos organes toute la sainte journée ? Aucune idée, nous ne sentons rien de ce qui s’y passe. Mangeons par exemple une part de gâteau et voyons ce qui se passe.

Je vous invite maintenant à suivre le chemin du morceau de gâteau avant et après le grand “pouf !”.

Avez-vous choisi votre gâteau ? Pour moi, ça sera un millefeuille. Et pour vous ? L’image et le parfum de ce gâteau vont mettre en marche “le réseau électrique de notre corps, le système nerveux” :

  • les yeux et les nerfs optiques ;
  • le nez et les nerfs olfactifs.

Le voyage commence !

  • de la bouche à l’estomac : mastication et déglutition aboutissent à la formation du bol alimentaire. Je découvre avec surprise pourquoi j’avale plus souvent de travers : les muscles qui coordonnent la déglutition “ne respectent plus aussi bien la chorégraphie, le muscle constricteur supérieur a parfois un temps de retard et l’épiglotte a besoin d’une canne pour se lever” ! ;
  • l’estomac, le lieu du brassage qui peut durer de 2 à 6 heures ;
  • notre gâteau n’est plus que minuscules particules livrées à l’intestin grêle par le pylore, du grec “gardien des portes” ;
  • l’intestin grêle : véritable lieu de la digestion et d’extraction des nutriments. Savez-vous que notre intestin grêle est une véritable “fée du logis” ? Et qu’il ne travaille pas en silence vu “les gargouillis” que nous entendons ;
  • la valvule iléocaecale sépare l’intestin grêle du gros intestin. “Notre gros intestin est un havre de paix où notre flore intestinale peut s’épanouir en toute quiétude”

Giulia Enders fait ensuite l’inventaire de tous “les ratés” de ce superbe voyage et nous prodiguent des conseils pour y remédier. Exemples de ratages :

  • les remontées acides et reflux gastro-oesophagien. La zone entre l’oesophage et l’estomac est une zone de “haute pression” où le système nerveux du cerveau et le système nerveux de l’appareil digestif doivent travailler de concert ;
  • les nausées et vomissements : résultats d’un plan d’urgence bien précis de l’organisme. Je vous fais grâce du détail des différents aspects et types de “dégobillage” ! Giulia Enders le fait très bien et nous rassure : “Vomir n’est jamais une punition que nous inflige notre ventre ! Au contraire, c’est plutôt le signe que notre cerveau et notre appareil digestif se donnent à fond pour nous” ;
  • la constipation et les bonnes questions à se poser : “Est-ce que tu peines quand tu y es ?”. “Respectes-tu la règle des 3 jours ?” L’auteur nous a déjà fait remarquer que le passage sur le trône devait être un agréable passe-temps”.

Les relations cerveau – intestin

L’auteur nous propose, pour mieux comprendre la relation entre l’intestin et le cerveau, de suivre leurs voies de communication :

Comment les signaux du ventre arrivent-ils à la tête et quels phénomènes peuvent-ils y déclencher ?

“L’opérateur téléphonique”, le plus important et le plus rapide entre le cerveau et l’intestin est le nerf vague. La recherche scientifique sur la dépression a notamment utilisé le test de La souris qui nage. D’autres études, sur l’humain, ont conduit à l’autorisation en 2010 d’un traitement contre la dépression qui consiste à stimuler le nerf vague dans le but d’améliorer la santé de patients.

Extrait page 167 :

Deux ans après l’expérience des souris, en 2013, une étude se penche pour la première fois sur les conséquences que des soins prodigués à l’intestin peuvent avoir sur un cerveau humain en bonne santé. Partis du principe qu’il n’y aurait pas d’effet visible sur l’être humain, les chercheurs sont bien étonnés des résultats obtenus – et avec eux, l’ensemble de la communauté scientifique. Suite à l’ingestion de différentes bactéries durant quatre semaines, certaines zones du cerveau des participants avaient subi de nettes modifications, et notamment les zones impliquées dans le traitement des sentiments de la douleur.

Extrait page 180 :

Toute personne qui souffre d’états anxieux ou dépressifs devrait garder à l’esprit qu’un ventre mal en point peut aussi être à l’origine d’humeurs noires.

Cette partie du livre de Giulia Enders est particulièrement intéressante et fascinante car elle nous explique clairement, nous révèle le rôle du “deuxième cerveau” sur notre bien-être.

Nous ne devrions donc pas toujours chercher la cause de nos maux dans notre tête ou dans ce qui se passe dans notre vie, car nous sommes plus que cela…

Le microbiote

Le microbiote : c’est quoi

Le microbiote est plus connu sous le nom de “flore intestinale” ! Dans la troisième et dernière partie de son livre, Le Charme discret de l’intestin, Giulia Enders nous emmène explorer notre “Planète microbienne” et ses habitants : les bactéries.

En 2007 ont été lancés des travaux dont le but est d’établir une carte des bactéries que notre corps héberge. Notre intestin, le champion toutes catégories, renferme à lui seul, 99 % de ces petits organismes unicellulaires. Notre microbiote intestinal, nous apprend Giulia Enders, peut peser jusqu’à 2 kilos et héberge environ 100 billions de bactéries.

Qui sont-elles ? Que font-elles ?
Sachez tout d’abord que la plupart d’entre elles est inoffensive. Ensuite, rappelez-vous que 80 % de notre système immunitaire se situent dans notre intestin. “Mais alors, comment notre corps accepte-t-il que les bactéries rejouent chaque jour Woodstock dans nos entrailles ?” Là encore, à la lumière des études menées sur des souris, l’auteur nous dit tout sur les progrès réalisés dans la compréhension de notre microbiote. Vous comprendrez aisément que je ne vais pas pouvoir tout relater dans cette chronique et je vous invite donc vivement à faire connaissance avec votre collection personnelle de bactéries, à apprendre à quel type d’intestin vous appartenez, à découvrir leurs différentes fonctions et leurs influences, leurs actions bonnes ou mauvaises sur votre vie… Je vous l’assure, vous ne regretterez pas de plonger au coeur (si je peux l’exprimer ainsi !) de ce monde passionnant !

Sommes-nous trop propres ?

La propreté dans un intestin, c’est un peu comme la propreté dans une forêt. (…) Une forêt est considérée comme propre quand elle est équilibrée du point de vue des plantes utiles qui la peuplent.

Giulia Enders nous enseigne 4 méthodes d’entretien intelligentes :

  • diluer ;
  • sécher ;
  • régler le thermostat ;
  • nettoyer (à condition de ne pas pousser cette procédure à son paroxysme, ajoute-t-elle !).

L’auteur termine en nous coachant sur les antibiotiques, les probiotiques et les prébiotiques.

Pour conclure, nous dit-elle,

Vues au microscope, les bactéries sont de petits points lumineux sur fond de ténèbres. Mais toutes ensemble, elles sont plus que cela : une véritable communauté que chacun d’entre nous héberge. La plupart de ses membres sont tranquillement installés dans les muqueuses et donnent des cours au système immunitaire, prennent soins de nos villosités intestinales, mangent ce que nous n’avons pas besoin ou fabriquent des vitamines. D’autres sont logés à proximité des cellules intestinales, les piquent de temps en temps ou fabriquent des toxines. Quand le bon et le mauvais vivent en bonne intelligence, le mauvais peut nous rendre plus forts, et le bon prendre soin de nous et de notre santé.

Le microbiote : l’exposition

L’exposition “Microbiote”, à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, vous permet de découvrir sur plus de 600 m2 l’univers microscopique du microbiote.

Le Charme discret de l’Intestin de Giulia Enders : une nouvelle édition augmentée

Des études récentes en France et aux Etats-Unis sur le microbiote ont conduit Giulia Enders à actualiser ses connaissances, notamment en ce qui concerne l’impact de certains probiotiques dans des pathologies telles que la dépression ou l’hypersensibilité au stress, et à proposer une nouvelle édition de son livre qui comporte :

  • 20 pages supplémentaires ;
  • des conseils alimentaires ;
  • de nouvelles illustrations ;
  • de nouvelles sources.
Actes Sud

Le Charme discret de l’intestin est un livre que vous voudrez partager car il est riche d’enseignements mais c’est aussi un livre que vous voudrez garder pour vous car il est riche d’enseignements !

Chronique 7 sur 42 du défi : Bonne digestion !

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